




Pierrefayes : quand la défaite commence avant la bataille
de Benoit Marbot
Mise en scène de Benoit Marbot
Avec Benoît Dugas, amandine Doistau, rosa Ruiz, maurine Dubus, pierre-Antoine Lenfant, valentin Papoudof, adrien Michaux
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Du 03/09/2026 au 17/10/2026
Jeudi, Vendredi, Samedi à 21h.
Studio Hébertot
78 bis bd des Batignolles
75017 PARIS
Métro Villiers (2/3)
01 42 93 13 04
Site Internet
Au Studio Hébertot, Benoît Marbot remonte à juin 1940 pour observer, dans l’espace clos d’un domaine de la Marne, ce moment vertigineux où un pays comprend que la guerre est en train de lui échapper.
Juin 1940 : le canon sur la terrasse
Un château. Une famille qui hésite à partir. Un officier qui, contre l’avis général, installe un canon sur la terrasse. Des civils qui ne savent plus s’il faut fuir, attendre ou résister. Et, au loin, l’avancée allemande.
Le domaine de Pierrefayes est une France en réduction, un théâtre miniature où se jouent les contradictions d’un pays qui, en juin 1940, découvre que la défaite militaire est aussi une crise de confiance, de décision et de volonté.
Benoît Marbot se garde de transformer ses personnages en statues historiques. Ils « n’ont rien d’exemplaires » et sont, selon l’auteur, « à notre image ». Il ne s’agit pas de distribuer les bons et les mauvais points après coup, mais de restituer aux hommes de 1940 leur part d’incertitude.
« D’où vient qu’un pays puisse être vaincu ? »
La question de Marbot dépasse 1940 : « D’où vient qu’un pays puisse être vaincu ? De ses dissensions internes ? De l’aveuglement de ses élites ? » Elle donne à la pièce une actualité brûlante. La guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient : que devient un pays lorsque la guerre extérieure rencontre ses propres fractures ?
Le théâtre n’est pas un traité de géopolitique : il permet de poser une question plus ancienne, celle de ce qui fait tenir une communauté politique lorsque la menace devient réelle.
De Giraudoux à Anouilh
Chez Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu), la catastrophe commence dans la parole avant de commencer dans les armes. Avec Anouilh (Antigone), le conflit entre l’individu et le pouvoir devient tragédie contemporaine. Mais Pierrefayes prend le problème par un autre versant. Antigone demande : jusqu’où peut-on désobéir ? Marbot demande plutôt : qu’avons-nous fait pour en arriver là ?
La guerre vue depuis un château
Le château pourrait être un refuge ; il apparaît au contraire comme un poste d’observation et bientôt comme une cible. La terrasse où l’officier installe son canon est une frontière dérisoire entre un monde ancien et la brutalité du monde nouveau.
Marbot, formé aux lettres et à la philosophie, dirige depuis quarante ans une compagnie consacrée à la création contemporaine. La presse a relevé dans son écriture des situations fortes, des personnages vivants et un dialogue où se côtoient tendresse, cruauté, humour et dérision.
L’humour est ici essentiel. Marbot revendique de parler « des choses les plus graves avec humour ». La guerre au théâtre est vite emphatique lorsqu’elle n’est regardée que par le prisme du tragique. L’humour restitue au contraire quelque chose de profondément humain : les hommes continuent de plaisanter au bord de l’abîme, précisément parce qu’ils ne savent pas encore qu’ils y sont.
Une troupe entre répertoire et création
La distribution possède une solide profondeur de répertoire. Benoît Dugas (l’Abbé), Pierre-Antoine Lenfant (Jacques), Adrien Michaux (Charles-Henri) et Rosa Ruiz (Delphine) ont tous abordé un large répertoire classique et contemporain, de Molière, Racine et Shakespeare à Tchekhov, Camus ou García Lorca. Amandine Doistau, Maurine Dubus et Valentin Papoudof complètent cette troupe aux parcours variés.
Ce mélange sert idéalement l’entreprise de Marbot : Pierrefayes n’est ni une simple pièce historique ni une fresque militaire. C’est un drame de caractères, donc un théâtre d’acteurs.
Le Studio Hébertot, écrin des curiosités
Le Studio Hébertot possède cette particularité précieuse des petites salles parisiennes : il donne au spectateur le sentiment d’entrer dans un théâtre avant même d’entrer dans une pièce. Cette proximité convient particulièrement à Pierrefayes. La grande Histoire n’a pas besoin ici d’une machinerie spectaculaire : elle doit pouvoir se rapprocher du spectateur, lui parler à hauteur d’homme.
Aller voir Pierrefayes, c’est moins assister à une leçon sur 1940 qu’entrer dans une maison au moment précis où l’Histoire frappe à la porte.
Une pièce de 1940 pour interroger 2026
Marbot ne prétend pas que juin 1940 expliquerait l’Ukraine, l’Iran ou les guerres de notre temps. Il fait quelque chose de plus fécond : il rappelle que toutes les défaites commencent par une question humaine.
Faut-il partir ? Rester ? Combattre une bataille que l’on croit perdue d’avance ? Quand faut-il comprendre qu’une menace n’est plus une hypothèse mais une réalité ?
Sur la terrasse de Pierrefayes, un homme installe un canon. Autour de lui, chacun possède une raison de penser qu’il est inutile. Le courage peut ressembler à de la folie, la prudence à de la lâcheté, le réalisme à de la résignation. Et personne ne sait encore, au moment de décider, quelle sera la postérité de son choix.
C’est là que Pierrefayes trouve sa véritable modernité : non dans une actualisation artificielle, mais dans cette question terrible et intemporelle : quand un pays est menacé, qu’est-ce qui le vainc d’abord : l’ennemi qui avance ou la conviction intime que tout est déjà perdu ?
Une question ancienne. Une pièce nouvelle. Et, en cette rentrée 2026, une question qui n’a décidément rien perdu de son actualité.
Un château. Une famille qui hésite à partir. Un officier qui, contre l’avis général, installe un canon sur la terrasse. Des civils qui ne savent plus s’il faut fuir, attendre ou résister. Et, au loin, l’avancée allemande.
Le domaine de Pierrefayes est une France en réduction, un théâtre miniature où se jouent les contradictions d’un pays qui, en juin 1940, découvre que la défaite militaire est aussi une crise de confiance, de décision et de volonté.
Benoît Marbot se garde de transformer ses personnages en statues historiques. Ils « n’ont rien d’exemplaires » et sont, selon l’auteur, « à notre image ». Il ne s’agit pas de distribuer les bons et les mauvais points après coup, mais de restituer aux hommes de 1940 leur part d’incertitude.
« D’où vient qu’un pays puisse être vaincu ? »
La question de Marbot dépasse 1940 : « D’où vient qu’un pays puisse être vaincu ? De ses dissensions internes ? De l’aveuglement de ses élites ? » Elle donne à la pièce une actualité brûlante. La guerre en Ukraine, les conflits au Moyen-Orient : que devient un pays lorsque la guerre extérieure rencontre ses propres fractures ?
Le théâtre n’est pas un traité de géopolitique : il permet de poser une question plus ancienne, celle de ce qui fait tenir une communauté politique lorsque la menace devient réelle.
De Giraudoux à Anouilh
Chez Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu), la catastrophe commence dans la parole avant de commencer dans les armes. Avec Anouilh (Antigone), le conflit entre l’individu et le pouvoir devient tragédie contemporaine. Mais Pierrefayes prend le problème par un autre versant. Antigone demande : jusqu’où peut-on désobéir ? Marbot demande plutôt : qu’avons-nous fait pour en arriver là ?
La guerre vue depuis un château
Le château pourrait être un refuge ; il apparaît au contraire comme un poste d’observation et bientôt comme une cible. La terrasse où l’officier installe son canon est une frontière dérisoire entre un monde ancien et la brutalité du monde nouveau.
Marbot, formé aux lettres et à la philosophie, dirige depuis quarante ans une compagnie consacrée à la création contemporaine. La presse a relevé dans son écriture des situations fortes, des personnages vivants et un dialogue où se côtoient tendresse, cruauté, humour et dérision.
L’humour est ici essentiel. Marbot revendique de parler « des choses les plus graves avec humour ». La guerre au théâtre est vite emphatique lorsqu’elle n’est regardée que par le prisme du tragique. L’humour restitue au contraire quelque chose de profondément humain : les hommes continuent de plaisanter au bord de l’abîme, précisément parce qu’ils ne savent pas encore qu’ils y sont.
Une troupe entre répertoire et création
La distribution possède une solide profondeur de répertoire. Benoît Dugas (l’Abbé), Pierre-Antoine Lenfant (Jacques), Adrien Michaux (Charles-Henri) et Rosa Ruiz (Delphine) ont tous abordé un large répertoire classique et contemporain, de Molière, Racine et Shakespeare à Tchekhov, Camus ou García Lorca. Amandine Doistau, Maurine Dubus et Valentin Papoudof complètent cette troupe aux parcours variés.
Ce mélange sert idéalement l’entreprise de Marbot : Pierrefayes n’est ni une simple pièce historique ni une fresque militaire. C’est un drame de caractères, donc un théâtre d’acteurs.
Le Studio Hébertot, écrin des curiosités
Le Studio Hébertot possède cette particularité précieuse des petites salles parisiennes : il donne au spectateur le sentiment d’entrer dans un théâtre avant même d’entrer dans une pièce. Cette proximité convient particulièrement à Pierrefayes. La grande Histoire n’a pas besoin ici d’une machinerie spectaculaire : elle doit pouvoir se rapprocher du spectateur, lui parler à hauteur d’homme.
Aller voir Pierrefayes, c’est moins assister à une leçon sur 1940 qu’entrer dans une maison au moment précis où l’Histoire frappe à la porte.
Une pièce de 1940 pour interroger 2026
Marbot ne prétend pas que juin 1940 expliquerait l’Ukraine, l’Iran ou les guerres de notre temps. Il fait quelque chose de plus fécond : il rappelle que toutes les défaites commencent par une question humaine.
Faut-il partir ? Rester ? Combattre une bataille que l’on croit perdue d’avance ? Quand faut-il comprendre qu’une menace n’est plus une hypothèse mais une réalité ?
Sur la terrasse de Pierrefayes, un homme installe un canon. Autour de lui, chacun possède une raison de penser qu’il est inutile. Le courage peut ressembler à de la folie, la prudence à de la lâcheté, le réalisme à de la résignation. Et personne ne sait encore, au moment de décider, quelle sera la postérité de son choix.
C’est là que Pierrefayes trouve sa véritable modernité : non dans une actualisation artificielle, mais dans cette question terrible et intemporelle : quand un pays est menacé, qu’est-ce qui le vainc d’abord : l’ennemi qui avance ou la conviction intime que tout est déjà perdu ?
Une question ancienne. Une pièce nouvelle. Et, en cette rentrée 2026, une question qui n’a décidément rien perdu de son actualité.
Yves-Alexandre Julien
13/09/2026

PARIS
Studio Hébertot
de Benoit Marbot
Mise en scène de Benoit Marbot
Juin 1940 : le canon sur la terrasse Un château. Une famille qui hésite à partir. Un officier qui, contre l’avis général, installe un canon sur la terrasse. Des civils qui ne savent plus s’il faut fuir, attendre ou résister. Et, au loin, l’avancée allemande. Le domaine de...
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PARIS





Pierrefayes : quand la défaite commence avant la bataille
de Benoit MarbotMise en scène de Benoit Marbot
Juin 1940 : le canon sur la terrasse Un château. Une famille qui hésite à partir. Un officier qui, contre l’avis général, installe un canon sur la terrasse. Des civils qui ne savent plus s’il faut fuir, attendre ou résister. Et, au loin, l’avancée allemande. Le domaine de...
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